Homélie du 11 décembre

HOMELIE DU 3e DIMANCHE DE L’AVENT
Par le P. Philippe Deschuyteneer, s.j.

Pour nous tenir devant Dieu comme il convient, en ce troisième dimanche de l’Avent, je vous propose de méditer prière d’ouverture préparée par la liturgie. Nous sommes invités à nous préparer un cœur vraiment nouveau pour fêter Noël.

En quoi consiste cette nouveauté de cœur ? Nous devons d’abord souhaiter et accepter que Dieu nous guérisse de notre passé, qu’il rejette loin derrière lui toutes nos infidélités, qu’il suscite et accueille nos contritions et nous permette de prendre pied dans sa fidélité souveraine. Car il est fidèle le Dieu qui nous appelle et vers qui nous marchons parce qu’il nous appelle. Osons croire que sa générosité nous renouvelle et enlève les obstacles qui nous empêchent de le désirer et de l’attendre quand il vient à notre rencontre.

Nous pouvons alors retrouver dans une perspective nouvelle, non habituée, l’événement de Bethléem. Cette venue du Fils parmi nous n’était pas pensable, nous devions nous refuser de l’imaginer. Nous devions considérer que cela aurait été manquer de respect à la sainteté divine, que nous aurions bafoué sa majesté.. Il fallait que Dieu déraisonne, qu’il commette une folie, selon l’expression de St Paul, pour décider de se glisser dans notre histoire, comme un homme. Nous y sommes trop habitués, on nous l’a raconté depuis notre première enfance. Mais l’imagerie de la crèche doit maintenant déboucher sur un étonnement et une réflexion d’adulte et ces sentiments nouveaux doivent nous baigner de joie à cause de Dieu.

Ce ne sont pas nos désirs qui provoquent la venue parmi nous du Très-Haut, qui lui donnent envie de se dévouer en notre faveur. C’est lui qui prend l’initiative : il nous aime le premier, comme dit St Jean.

L’oraison liturgique proposée pour aujourd’hui nous fait demander : « dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère ». Quelle est donc cette joie qui précède la nôtre et que notre propre joie doit rejoindre ? Elle est celle de Dieu lui-même. Il s’en explique dans une déclaration où il dit, par les lèvres du prophète Jérémie : « Je trouverai ma joie à leur faire du bien ». (32,41)

Proclamation stupéfiante qui traduit le mystère de Dieu. Aucune contrainte n’y poussait Dieu, ce n’est pas en rechignant qu’il se décidait à pratiquer cette générosité souveraine ; il nous fait savoir que c’est avec joie. Nous sommes invités à rejoindre, à partager les sentiments divins : « suscite et dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère ». C’est au mystère même de Dieu que nous sommes mêlés. Cette communion nous purifie, nous fait entrer en humilité. Offrir notre joie devient l’expression de notre reconnaissance.

Le chemin de notre prière est tout tracé : « Priez sans relâche avec reconnaissance, c’est ce que le Seigneur attend de vous dans le Christ Jésus ». Nous avons entendu dans la deuxième lecture, le conseil de St Paul aux premiers chrétiens : à travers eux, c’est à nous aussi qu’il est adressé.

Dans la première épître, tirée du prophète Isaïe, l’envoyé de Dieu se présente en faisant à Dieu un hommage dont se souviendra le Magnificat de la Vierge Marie : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ». N’affaiblissons pas la force des mots : exulter signifie bondir de joie, se laisser soulever par elle.

Et le prophète Sophonie – un prophète moins connu, mais nous connaissons mal ces témoins bibliques – Sophonie ose utiliser une image audacieuse pour faire deviner les sentiments de Dieu, que nous devons rejoindre. Avec une candeur intrépide il laisse parler un Dieu vivant qui promet : « Je danserai pour toi avec des cris de joie » (3,17)

En cette fin de semaine, on nous annonce, pour les nuits qui viennent, un ciel dégagé, en levant les yeux, nous pourrons retrouver le lyrisme d’un autre prophète qui s’émerveillait de voir comment : « Les étoiles brillent de, joie pour leur créateur ». (Bar 3,35)

Même si nous savons mal prier, nous pouvons, comme les constellations, briller de joie pour notre créateur. Au lieu de s’imposer, il veut se faire désirer. En lui, la joie de notre coeur ! Ainsi soit-il

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